Rencontre avec Eve Planeix

Eve Planeix vient de terminer sa première saison à l’INSEP avec l’équipe de France senior de natation synchronisée. L’année 2017 a été chargée pour la jeune nageuse qui aura 17 ans en décembre et évoluant encore également dans la catégorie junior, avec un calendrier rempli de compétitions nationales mais également internationales en France, au Japon, en Serbie, en Italie et en Hongrie.

La saison s’est achevée à Budapest aux Championnats du monde, où Eve a fait son entrée dans la cour des grandes en participant non seulement à ses premiers Mondes mais aussi à l’épreuve du solo pour la première fois de sa carrière pour l’équipe de France, un exploit assez rare en synchro où les solistes sont généralement déjà sorties plusieurs fois dans les catégories espoirs ou juniors avant de concourir chez les seniors.

Alors que débute la reprise sportive à l’INSEP pour la saison 2018, Inside Synchro en a profité pour discuter avec Eve de son parcours sportif, de ses saisons précédentes, et également de ses objectifs pour les années à venir.

Félicitations pour tes résultats cette saison ! Peux-tu nous donner tes impressions sur cette année sportive qui a été assez longue et intense, entre les Championnats de France avec ton nouveau club du Ballet Nautique de Strasbourg et toutes les compétitions internationales avec l’équipe de France ?

Cette année a été très, très…très intense en effet ! Mais elle a aussi été formidable. J’ai commencé cette nouvelle saison avec une envie de bien faire et une motivation à toute épreuve. En début de saison, j’ai été blessée et ça m’a paru une éternité. J’en voulais à mon corps de ne pas suivre ma tête. J’ai donc appris la patience, et aussi à travailler autrement. J’ai été très bien entourée par les entraîneurs et les médecins de l’INSEP. Ils m’ont épaulée pour traverser ce cap où je me sentais inutile.

Et puis en mars j’ai enfin pu nager mon solo au Make Up For Ever. C’était ma première compétition de la saison, et j’étais tellement heureuse de pouvoir enfin enfiler mon nouveau maillot et de nager que j’avais l’impression de revivre. Et qu’est ce que j’étais heureuse de montrer mon travail à ma famille… Les murs de la piscine auraient pu s’écrouler que moi j’aurais continué de nager mon solo !

Championnes de France 2017- Duo (Strasbourg)

Eve Planeix (droite) avec sa duettiste Maureen Jenkins en or aux Championnats de France Juniors N1 2017.

Cette année 2017 a été aussi la fin de l’histoire du pôle de Sète (ndlr: le club où Eve a évolué durant trois ans) et j’ai donc dû prendre une décision très difficile… J’étais contrainte de quitter ma famille Sétoise, et j’ai donc décidé de rejoindre le club de ma duettiste Maureen Jenkins : le B.N. de Strasbourg, où j’ai été très bien accueillie par les filles, les coaches, les parents et le président Jean Michel Dohin à chacun de mes passages pour préparer les France. Avec [Maureen], nous avons d’ailleurs décroché le titre de championnes de France en duo.

L’année a également été riche en compétitions internationales (MUFE, Open du Japon, Coupe d’Europe Senior, Championnat d’Europe Junior et Championnat du monde Senior), et chacune d’entre elles m’ont permis d’engranger de l’expérience et de décupler ma motivation, car ce sont ces rendez-vous internationaux que j’aime avant tout et pour lesquels je travaille dur toute l’année.

Tu as réalisé ta première sortie en tant que soliste cette année à MUFE, et puis en étant sélectionnée comme soliste pour les Mondes. Est-ce que tu t’attendais à tout ça, et qu’elles ont été tes impressions de nager à Budapest en tant que soliste de l’équipe de France pour la toute première fois de ta carrière ?

Je ne m’attendais pas du tout à ça et moi aussi j’ai été très surprise (rires) ! Surtout qu’avec ma blessure de début de saison, je pensais à un moment ne rien pouvoir nager. De toute façon pour moi rien n’est jamais gagné d’avance, je m’applique juste à faire de mon mieux à chaque entraînements et je laisse le reste faire son chemin. Les bonnes surprises arrivent quand elles doivent arriver…

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Eve Planeix à Budapest. Photo Stephane Kempinaire / KMSP / DPPI

Quand j’ai appris que j’allais nager mon solo aux Championnats du monde, j’étais sur un petit nuage. Mais j’ai très vite remis les pieds sur terre et j’ai simplement continué à travailler dur avec mes entraîneurs et mes coéquipières.

A Budapest, c’était incroyable ! Incroyablement beau, grand et impressionnant. La première fois que j’ai vu la piscine et les gradins, je me suis sentie toute petite… Bon c’est vrai qu’en même temps je ne suis pas très grande (rires) ! J’étais très émue d’être là, de nager l’équipe, le combo et bien sûr mon solo. Et puis les entraînements ont commencé, et là, je ne pense plus à rien à part travailler et travailler…

Et donc ce fameux solo… Quelle est l’histoire derrière la chorégraphie et le choix de la musique ?

Pour les musiques de solos, j’ai toujours beaucoup aimé chercher et proposer mes propres musiques… des musiques qui me ressemblent et qui m’inspirent. Cette année, c’est aussi moi qui ai trouvé cette musique qui me plaisait beaucoup ! Et Charlotte (ndlr : Charlotte Massardier, entraineur de l’équipe de France et chorégraphe du solo d’Eve) a trouvé que cette musique me correspondait bien. On a donc commencé à travailler dessus ensemble et à trouver des morceaux de chorégraphie… Charlotte m’a alors ensuite proposé de rajouter un passage de voix qu’elle avait trouvé.

Pour ce qui est de l’histoire de mon solo, j’ai écouté la musique en boucle et l’histoire m’est venue comme ça. Au fil du temps, le personnage que j’interprète dans mon solo est devenu un ange qui se promène dans une forêt tantôt enchantée, tantôt terrifiante. C’est pour ça que l’on ne peut pas vraiment qualifier mon solo juste avec le thème ‘ange’… C’est une histoire !

 

A Budapest, tu as du remplacer Maureen sur tous les portés après sa blessure au genou à peine quelques jours avant le début des épreuves d’équipes. Comment as-tu géré cette situation et comment se sont passés ces ajustements de dernière minute qui n’arrivent pas souvent en synchro ?

Sur le coup, quand j’ai appris que Maureen ne pouvait pas nager, j’ai d’abord été triste pour elle, comme nous toutes d’ailleurs. Puis quand j’ai compris que j’allais devoir faire tous les portés sans les avoir travaillés pendant l’année, j’ai eu une grosse montée de stress, mais j’aime les challenges, donc je me suis dis : “Bon… faut y aller ! Y’a pas le choix on est aux Mondes, alors go!” Je ne me suis pas posé de questions, j’ai foncé… Et puis les portés j’aime beaucoup ça.

Championnats du Monde 2017- équipe de France (2)

L’Equipe de France à Budapest.

Nous n’avions que quelques jours pour nous préparer à tous ces changements et nous nous sommes toutes surpassées, entraîneurs comme nageuses,  pour donner le meilleur de nous même. Les filles et les coaches m’ont beaucoup encouragée aux entraînements pour les portés, et ça m’a encore plus boostée. J’ai aussi beaucoup aimé cet esprit d’équipe qui nous a aidées à nous dépasser. Cette expérience nous a certainement rendu plus fortes et ça va nous servir pour les années à venir.

 

Peux-tu nous parler un peu de tes débuts et de ton parcours dans la synchro jusqu’à maintenant ?

01 - Eve Classique 2011

Eve en cours de danse classique en 2011. Photo: Famille Planeix.

J’ai commencé la natation synchronisée à 9 ans dans un club près de chez moi à Synchro Riom. Depuis toute petite, je faisais de la danse et j’aimais beaucoup ça mais je voulais gagner des médailles tout comme mon frère qui en gagnait en lutte. J’ai découvert la natation synchronisée par hasard à la télévision pendant les JO de Pékin en 2008. Ça a tout de suite été une évidence pour moi… C’est ça que je voulais faire !

Mes premières compétitions avec Synchro Riom étaient des passages de socles. J’étais tout le temps insatisfaite de moi, je croyais toujours avoir raté… Ce n’est qu’au bout de plusieurs mois que mon première entraîneur Vanessa Lamarque a dit à mes parents que la natation synchronisée était un sport qui me convenait plutôt bien (rires) !

Je faisais aussi des compétitions régionales, et c’est à la finale de socle en 2012 que j’ai rencontré Rachel Le Bozec Chaffes, entraîneur du pôle espoir de Sète à cette époque. Ce n’est que pendant la saison 2013-2014 que j’ai commencé à nager au Championnat de France avec les Dockers de Sète. Quant à ma première année en équipe de France, c’était pour la COMEN Cup en 2015 où j’ai nagé le duo et l’équipe. Cela avait été une première expérience formidable.

Comment s’est passée l’arrivée au pôle de Sète et la transition de quitter la maison familiale si jeune à 12 ans ?

Final de Socle 2012- Synchro Riom (2)

Finale de socle en avril 2012 avec Synchro Riom. Photo: Famille Planeix

Donc j’ai rencontré Rachel Le Bozec Chaffes à la finale du socle en 2012… A la fin des épreuves, elle a proposé à mes parents de m’intégrer au pôle de Sète, mais je n’avais que 11 ans et mes parents ont refusé. J’étais tellement déçue… moi je voulais partir ! Alors Rachel a trouvé un arrangement avec Synchro Riom pour préparer mon vrai départ en douceur. J’ai continué de m’entraîner à Riom toute l’année, et pendant les vacances scolaires et un week-end par mois, j’allais au pôle. J’ai tout de suite beaucoup aimé et j’attendais ces week-end sétois avec impatience. En parallèle, mes parents m’avaient inscrite au trampoline près de chez moi sur les conseils de Rachel pour me préparer à la voltige. J’y ai même gagné quelques médailles !

L’année qui a suivi, j’ai vraiment intégré le pôle de Sète. Ça n’a pas toujours été facile car ma famille me manquait beaucoup mais mon envie de progresser était plus forte que tout. Les deux premières années, j’ai vécu en famille d’accueil chez deux nageuses du pôle et j’y retrouvais un côté familial dont j’avais encore besoin. La troisième année, j’étais prête pour l’internat et je m’y suis beaucoup plu. Comme je ne pouvais pas rentrer souvent à la maison, ce sont mes parents et mon frère Luc qui descendaient à Sète un week-end sur deux. Ils ont toujours tout fait pour m’aider à suivre le chemin que j’ai choisi pour préserver les liens de la famille. Malgré la distance, nous restons très proches et très complices… Et ça c’est pour la vie !

 

La première année au pôle de Sète, c’est Emeline Ithier qui m’a entraînée et c’est avec elle que j’ai préparé mon premier vrai solo (ci-dessus). Lors des Championnats de France Hiver 2013, j’avais tellement hâte de nager en solo et de faire voir mon travail à ma famille que je ne sentais pas vraiment de stress. C’était grisant ! La saison 2013-2014 a été la saison des première fois (rires)…Premier solo, premier duo, premiers Championnats de France N1, première place de vice-championne de France en équipe avec le ballet sur les sorcières monté par Emeline et… première fois loin de ma famille.

Trois ans se sont passés à Sète et ces trois années m’ont beaucoup appris. J’ai grandi, j’ai appris à vivre loin de ma famille, à travailler dur, et j’ai rencontré des personnes formidables que je n’oublierai jamais. J’y ai pleuré aussi, mais mes parents sont devenus des champions pour consoler mes chagrins à distance.

Vices Championnes de France Elite Espoir 2014 Sète

Vice-championnes de France Elite Espoir en 2014 avec Sète. Photo: Famille Planeix.

Et puis, rentrée à l’INSEP en septembre dernier, à l’âge de 15 ans…

Oui, ca faisait déjà un an que j’en rêvais. J’y suis allée régulièrement l’année précédente pour travailler mes figures imposées et faire également du travail de duo, donc je n’ai pas du tout été dépaysée. Et puis… J’étais habituée à vivre loin de la maison donc j’ai vite pris mes marques. L’intensité des entraînements  m’a tout de même demandé un temps d’adaptation, mais je m’y suis habituée et j’aime ça.

Comment se passe une journée typique à l’INSEP pour toi, entre les études et les entrainements ?

Alors… une journée à l’INSEP, c’est pas de tout repos ça c’est sûr (rires) ! Le matin je me lève vers 6h50 et je me prépare pour aller déjeuner au self. Ensuite je prends mon vélo pour aller jusqu’au bâtiment scolaire. Et oui… l’INSEP c’est grand, 28 hectares, donc le vélo c’est bien pratique (rires)!

Les cours du matin commencent à 7h45 et finissent à 10h35. A la fin des cours, je saute sur mon vélo tout en mangeant mon goûter pendant le trajet, comme je fais avant chaque entraînement, et je commence à m’entraîner à 10H45 jusqu’à 13h00.

Vers 13h20 toujours à vélo, je pars manger au self puis j’ai une petite pause dans ma chambre de 13h45 à 14h10. Les cours de l’après-midi commencent à 14h15 pour se terminer à 16h10 et ensuite, à nouveau entraînement de 16h30 à 19h30.

Le soir, je vais manger au self vers 19h50 et je retourne à la scolarité pour une heure d’étude le lundi et jeudi. Aux alentours de 21h50, je suis de retour dans ma chambre où je peux décompresser un peu de la journée et me préparer pour dormir. Je m’endors entre 22h30 et 23h30. Le mercredi après-midi est réservé aux devoirs surveillés pouvant durer quatre heures.

Le week-end, parfois c’est repos ou bien stage…Les heures d’entraînements par semaine sont assez variables ; ça peut aller de 25h jusqu’à plus de 35h lorsque nous sommes en stage le week-end.

A la rentrée de septembre, je serai en terminale ES. Il n’est pas toujours facile de concilier les entraînements avec le lycée avec si peu de temps libre. Mais je m’accroche car je veux réussir les deux. Je ne sais pas encore exactement ce que je veux faire comme études. Je sais juste que je veux que ce soit compatible avec mes entraînements pour me donner toutes les chances de réussir sur les deux fronts.

Qu’est ce qui te plait le plus dans la synchro ?

La natation synchronisée réunit tout ce que j’aime : la danse, la rigueur, et l’eau dans laquelle je me suis toujours sentie à l’aise. Et puis c’est tellement beau que ça peut paraître presque facile. C’est comme la danse classique: extrêmement difficile et technique mais si beau que l’on ne se rend pas compte de la difficulté.

Solo junior durant la saison 2015-2016 et dernière année à Sete. Photo: Famille Planeix.

J’aime aussi beaucoup la diversité de mon sport. L’interprétation que m’apporte le solo, la complicité que je construis avec ma duettiste dans un duo et aussi l’esprit d’équipe qui nous soude dans un ballet. On en bave, c’est dur, très dur mais on se serre les coudes et on avance ensemble. J’aime aussi beaucoup la voltige qui m’apporte la petite dose de sensation forte que j’aime et dont j’ai besoin.

Est-ce que tu as une compétition préférée ou quelques uns de tes meilleurs souvenirs à partager avec nous ?

Chaque compétition internationale que je vis avec l’équipe de France me donne encore plus envie de travailler dur. J’aime ces moments où nous pouvons présenter le fruit de notre travail et où nous sommes main dans la main pour donner le meilleur de nous même avec les entraîneurs.

COMEN 2015- équipe de France Espoir

L’equipe de France Espoir lors de la COMEN Cup en 2015. Photo: Famille Planeix

Ma première compétition internationale, c’était la COMEN en 2015 et je suis toujours très émue quand j’y repense. Mais mon meilleur souvenir à ce jour, ce sont les Championnats du monde à Budapest. C’était ‘waouuuuh’!

Quand j’ai passé mon entretien avec Julie Fabre pour rentrer à l’INSEP, je me souviens avoir dit que je rêvais de faire les Mondes… Un an après, je participais à mes premiers et je n’en reviens toujours pas. J’espère faire beaucoup d’autres Mondes pour vivre d’autres moments aussi intenses avec mes amies coéquipières et peut-être représenter à nouveau la France en tant que soliste. J’ai tellement aimé ça ! Il y a aussi une autre grande compétition qui me fait rêver et qui représente le Graal pour moi… Les JO !

Avec la reprise des entrainements et le retour à l’INSEP le weekend dernier, quels sont tes objectifs sportifs pour cette nouvelle saison ? Et à long-terme ?

Pour cette nouvelle saison 2018, mon objectif est de progresser et de gagner ma place pour les différentes rencontres internationales de la saison. A plus long terme, je souhaite participer à tous les prochains Mondes, me surpasser avec mes coéquipières pour tenter de gagner notre place pour Tokyo 2020 et bien sûr… Les JO 2024 à la maison !

Pour ce qui est des objectifs non sportifs, c’est d’avoir mon bac bien sûr… et de trouver ensuite une voie qui me convienne pour mes études. J’ai aussi à cœur de profiter autant que je peux de ma famille et de tout ceux que j’aime car c’est vital pour moi.

Merci beaucoup Eve d’avoir pris le temps de répondre à toutes nos questions, et on te souhaite une belle saison 2018 ! 

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Eve entourée de sa famille au retour des Championnats du monde 2017. Photo: Famille Planeix.

Propos recueillis par Christina Marmet.

The English translation of this interview is available here.

 

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